Humans of EM - Agathe Roussel

Mis à jour : mai 12

Avril 2020 - Numéro 2 - Edition Spéciale Semaine du développement durable



Agathe Roussel, étudiante en deuxième année, nous parle de son expérience au sein de l'initiative la bascule.


J’ai toujours été interpellée par les thèmes de l’environnement et du social. Depuis mes études en prépa littéraire, j’avais une compréhension de l’histoire qui me dérangeait parce que j’avais l’impression que l’homme répétait toujours un peu les mêmes conneries. Aujourd’hui le capitalisme et la consommation de masse c’est un peu la nouvelle connerie qu’on fait en se donnant bonne figure et en disant que c’est bien, que c’est ça le progrès et que c'est à ça que l’humanité doit tendre. J’étais un peu perdue à la fin de l’année dernière et y a eu l’opportunité du stage. Je me suis dis que c’était le moment de découvrir de nouveaux horizons. Mon frère m’a alors parlé de Maxime de Rostolan, un éco-entrepreneur. C’est en me renseignant un peu sur lui que j’ai découvert son dernier projet et par

la même occasion une opportunité de stage dans sa nouvelle initiative : la Bascule. Qu’est ce que la Bascule? C’est une association qui a pour but de mettre en lien toutes les entreprises, les associations et les initiatives qui ont envie de faire la transition sociale, environnementale et démocratique. Plus largement, c’est un lobby citoyen, qui veut créer un effet de masse pour faire basculer la société vers un monde plus viable


Là-bas j’ai expérimenté la vie en sobriété pendant 7 mois. On vivait dans le siège de la Bascule à Pontivy en Bretagne dans un hôpital désaffecté qui était prêté par la mairie à l’association et qui avait été réaménagé. Dedans il y avait environ 40 à 100 personnes qui y vivaient et travaillaient sur place. En bas on avait les bureaux avec le wifi et le réseau.


"C'EST AHURISSANT QUAND TU VOIS LA PAUVRETÉ DANS LES RUES ET À CÔTÉ LA SURCONSOMMATION DE MASSE ET LE GÂCHIS QUI EST FAIT. TU REMETS PAS MAL DE CHOSES EN QUESTION."

D’ailleurs, avec la cuisine, c’était le seul endroit où il y avait de l’électricité et du wifi (qu’on avait grâce àun système solaire). Sinon, nous n’avions pas d’eau chaude et pas de chauffage. Le régime alimentaire était végétalien, les produits d’hygiènes faits maison et il y avait un système de compost. Tout était pensé pour réduire notre empreinte carbone. Le but est de repenser le fonctionnement de notre société sans être dans l’ultra consommation, avec un mode de vie sobre. En parallèle de cette vie en communauté, il y avait toute la journée de travail, et ça n’arrêtait pas. Comme on fonctionnait en gouvernance partagée, il n’y avait pas à proprement parlé de hiérarchie, aussi on se retrouvait avec d’énormes responsabilités sur les bras. En 7 mois, j’ai coorganisé plusieurs évènements, je suis intervenue dans des entreprises, j'ai formé des listes municipales et j’en passe… On avait un énorme champ de pommes de terre qu’on cultivait à tour de rôle, sinon on était en relation avec les maraîchers locaux qui nous donnaient des fruits et des légumes contre une journée de travail chez eux etc. On avait une autre option pour se nourrir et c’est surtout celle-là qui m’a fait prendre conscience des dérives de l’industries agro-alimentaire. A Pontivy, il y avait un immense supermarché, et 2 fois par semaines on allait récupérer les invendus qui finissait dans les poubelles. Ça peut paraitre bizarre comme ça mais en fait tu te rends compte du gâchis énorme qui est fait. Il y a des kilos et des kilos de nourritures qui y sont jetés. En une soirée et quelques sacs on avait parfois de quoi nourrir 40 personnes pendant au moins une semaine ! C’est souvent des trucs qui viennent de périmer, et parfois même pas. Et le pire c’est que Pontivy c’est une petite ville c’est pas Paris ou Lyon !


C’est ahurissant quand tu vois la pauvreté dans les rues et à côté la surconsommation de masse et le gâchis qui est fait. Tu remets pas mal de choses en question.


Aujourd’hui, je sais que c’est la Bascule qui m’a donné ce déclic et cette conscience des enjeux actuels et que finalement changer du tout au tout n’est pas si dur. Faire des petits gestes simples pour réduire son emprunte carbone c’est simple. Il n’y a qu’un pas à faire et il n’est vraiment pas difficile. Je le vois bien en rentrant à l’em, le plus dur c’est juste de ne pas avoir la flemme ! Il faut juste prendre conscience qu’on a chacun notre rôle à jouer.